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Hot Press (Janvier 2002)

  This article is also available in English





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Esprit De Corr
Interview de Niall Stokes.

Au terme d’une autre année chargée en événements, Andrea Corr prends le temps de contempler la vie, la mort, l’amour, la santé, la musique et son rôle, sur scène et en dehors, dans ce groupe musical familial.

Ce fut une année étrange et intéressante pour les Corrs. A la fin de l’an 2000, ils étaient bien installés dans le haut des classements tout autour du monde avec leur quatrième album, In Blue. L’album s’est déjà vendu à près de six millions de copies – mais malgré son succès extrêmement impressionnant dans plus de 15 pays, il n’a pas vraiment percé aux Etats-Unis de la façon que le groupe et leur organisation avaient espérée.

Personne ne peut vraiment dire pourquoi. Les Etats-Unis constituent un marché énorme et difficile – mais quiconque sort un disque là-bas y est confronté. La musique noire – ce que les Américains appellent le R’n’b, et le rap en particulier – a une plus forte présence aux States que dans n’importe quel autre pays du monde et cela joue en défaveur de groupes comme les Corrs, quand il s’agit d’être des valeurs sûres constamment présentes à la radio et à la télévision.
Et puis il y a aussi l’influence de MTV, des vidéos, et cette obsession a eu tendance à faire naître ce qui a été grossièrement surnommé les groupes Q'n'S (cul et seins). Les Destiny’s Child sont sans nul doute un groupe vocal extraordinaire, mais auraient-elles eu autant de succès si elles n’avaient pas été prête à s’afficher en permanence ? Probablement que non.

Alors que les stratégistes des Corrs commençaient tout juste à comprendre cela, une autre crise a interrompu la mise en orbite imminente du groupe. En février, Andrea contracta une affection sérieuse, ce qui les força à annuler la tournée en Asie du Sud-Est de leur odyssée mondiale en cours. Pour Andrea Corr elle-même, ce fut une expérience choquante et frustrante : cela l’a mise hors course pendant un mois, et à un point, elle pouvait craindre la perte possible de son audition.
Finalement cette crainte ne se réalisa pas – mais tout le temps qu’elle dura, elle entraîna un degré supplémentaire d’introspection.

L’introspection est une chose qui vient naturellement à Andrea. Durant les dix ans de l’existence du groupe, elle a été la plus silencieuse – même la plus timide – des quatre frère et sœurs. Elle n’a jamais été extrêmement bavarde – mais sa réticence habituelle agit comme un bouclier, masquant les aspects poétiques et introspectifs de sa personnalité. Elle n’est pas analytique par nature, mais il y a quelque chose d’énigmatique, de bohème qui suggère la présence en elle de sentiments et d’une imagination inhabituellement profonds, et qui la rend spéciale.

Alors que les autres membres des Corrs se sont investis dans diverses relations devenues publiques à un degré ou un autre, Andrea est restée visiblement célibataire pendant toute la période durant laquelle le groupe a occupé une position proéminente dans le monde de la musique. Cela a changé en 2001, ce qui a dû briser le cœur de nombreux fans masculins dans le monde entier, sans mentionner la douzaine de prétendants célèbres irlandais (dont nous tairons les noms).

Dans ce contexte et le fait que l’album Best Of se soit vendu à plus de 2 million d’exemplaires deux semaines après sa sortie, c’est une Andrea à l’évidence détendue, animée et en pleine forme qui entre dans la suite de l’Herbert Park Hotel à Dublin, pour y subir le traitement médiatique de Hotpress. Durant l’interview, il est parfois évident qu’elle a conscience que ce qu’elle dit, ou ce qu’elle pense vouloir dire, pourra être utilisé et également détourné par la presse tabloïd. Mais elle est extraordinairement honnête et franche tout au long de l’entretien ; mais aussi d’une drôlerie impossible à retranscrire à l’écrit.

Le soir précédent, le groupe s’était envolé à Londres pour apparaître dans l’émission Parkinson. Nous nous amusons en évoquant le nombre de personnes que Jennifer Lopez a amené avec elle pour la même occasion, un bataillon m’a-t-on dit au préalable, qui n’incluait pas seulement une batterie de gardes du corps – un pour chaque membre du groupe – mais aussi leur propre équipe de restauration. Une inquiétude due au sleen de l’après 11 septembre probablement.
Les Corrs n’ont même pas rencontré Lopez, qui était déterminée à ne pas se mélanger au reste des invités. ‘C’est comme ça que font certains artistes américains’, dit Andrea. Puis je presse la touche ‘enregistrer’…

Comment s’est passée l’année écoulée dans la vie d’Andrea Corr ?
L’année dernière a été bonne. Elle a été très occupée, en tournée pour l’album In Blue. Je suis tombée malade, donc ça a entraîné un mois de congés, ce qui était plutôt bizarre – même si c’est bien d’avoir un mois de repos, mais en même temps ce n’en était pas un. Le reste de la famille est allé tourner une vidéo à Mexico et à la dernière minute, le médecin ORL a dit, ‘non vous ne pouvez pas y aller’. Alors c’était assez bizarre qu’ils s’en aillent faire ça sans moi. Mais oui, pendant la tournée, c’était bien.

Quel a été le meilleur moment pour vous ?
C’était super de chanter en Asie du Sud-Est. Musicalement ça a été le meilleur moment. Nous sommes allés à certains endroits pour la première fois. C’était assez effrayant en fait – mais jouer pour les gens et voir les Philippines et l’Indonésie était très intéressant. Et c’est avec ce genre de choses que nous nous rendons compte que ce que nous faisons vaut le coup, parce que vous bénéficiez d’une plus large perspective sur le monde. Vous vous sentez minuscule : le plus vous en voyez, le plus insignifiant vous vous sentez, et j’aime ça. Nous sommes tous importants d’une certaine manière, mais nous sommes insignifiants pour tellement de gens – et c’est bien, c’est comme ça que ça devrait être. Tout ce qui est engendré, vient au monde et meurt. C’est ainsi !

Vous avez mentionné que c’était un peu effrayant de jouer en Indonésie. Quel était le problème ?
Et bien, les attentats du 11 septembre s’étaient produits juste quatre jours avant de nous envoler pour cette partie du monde. Ca nous a tous choqués et chacun a dû remettre en question ce qu’il fait dans sa vie et pourquoi il le fait, et dans quelles situations il se met, à quelle distance il se trouve de ses êtres chers, ce genre de choses. Donc comme tout le monde, nous avons réfléchi et l’excitation de la tournée, de prendre l’avion, tout que vous ressentiez habituellement, s’était envolée. C’était assez tendu.

Pourquoi y êtes-vous allés quand même ?
Nous avions déjà annulé les concerts en Indonésie il y a deux ans, à cause des conflits à l’intérieur du pays et nous avions reporté la tournée de l’Asie du Sud-Est à cause de mon affection en janvier, février. Donc nous avons pensé qu’il fallait le faire et que c’était la meilleure chose à faire, mais nous avons aussi décidé que nous ferions un point sur la situation chaque jour. Aller à Jakarta a été assez effrayant. Tout devait bien se passer, mais la tension était littéralement palpable. C’était bizarre pour moi de regarder dans le public et de voir certaines femmes en particulier – elles n’étaient pas toutes comme ça, mais certaines d’entre elles portaient le vêtement musulman – et les regarder et savoir que je représente tout ce qu’elles ne sont pas et ne peuvent pas être. Je me place plutôt à l’opposé. C’était assez étrange de jouer là-bas.

Y a-t-il eu à aucun moment une menace directe à votre sécurité ?
Nous sommes partis de justesse. Les heurts ont commencé le jour de notre départ. Tous les Occidentaux devaient soit rester à chez eux, soit quitter le pays d’une façon ou d’une autre. C’est vraiment une de ces situations où l’on se demande si l'on a bien fait de courir ce risque. Je ne le sais toujours pas. Mais le concert a été formidable.

Est-ce que l’Indonésie était conforme à ce que vous pensiez ?
Vous savez, l’Irlande a souffert de la réputation d’être un pays déchiré par la guerre. Je me souviens avoir regardé les nouvelles en Amérique et me dire ‘mon dieu, je me demande où cela se passe, il se passe des choses affreuses à cet endroit.’ Et ça se passait en Irlande. On pense à la différence entre la représentation que l’on peut en avoir et la réalité, c'est-à-dire que c’est un endroit agréable où vivre. C’est fantastique. Et on pense que certains artistes ont été dissuadés de venir jouer ici ou dans le Nord – nous étions très sensibles à cela. Il y a des gens qui veulent entendre votre musique. Nous avons été numéro 1 tellement de fois en Indonésie. Ça n’est pas juste de priver ces gens de loisirs, alors que c’est un endroit qui a besoin de s’évader par la musique encore plus que les autres. Ça a été plus important que tout. Et on avait un sentiment au fond de nous que tout irait bien.

Alors quel a été le pire moment de l’année pour vous personnellement?
Ca m’a fait peur quand je suis tombée malade. Tout le monde sait bien que la douleur est quelque chose de tellement subjectif. Mais j’ai eu très peur. Je ne pouvais plus entendre. Mon audition était complètement partie et la douleur était insoutenable. C’est arrivé soudainement. Je me suis réveillée à 3 heures du matin, et je pouvais entendre des choses que vous ne souhaitez pas entendre. Vous entendez votre corps fonctionner. J’entendais mon cœur battre d’une façon que je n’avais entendu auparavant. Et c’était vraiment effrayant de voir des gens parler autour de vous et ne pas vraiment les entendre. C’était affreux. Et alors j’ai dû prendre le ferry pour retourner en Irlande et c’est devenu plus sérieux, avec l’annulation de tous les concerts. Je tiens beaucoup à ma vue, mais mon audition… il y a eu une crainte que mes oreilles soient abîmées et si cela arrivait, ma musique serait perdue à jamais. Elle n’existerait que dans ma tête, au rythme de mes battements de cœur, que j’entendais clairement. C’était assez effrayant.

Et quelle en était la cause ?
C’était dû à un abcès sur le tympan de mon oreille droite. Et puis j’ai eu une infection à l’oreille interne gauche également. C’était dû à un excès de travail en fait. Mon système immunitaire était au plus bas et tous ces vols à droite et à gauche ont laissé des marques. Je l’ai remarqué quelques jours avant avec mon oreillette. J’ai demandé au technicien, ‘est-ce que c’est possible qu’à un moment, on ait l’impression que son oreille est plus petite ?’ C’était une question stupide, je sais bien. Mais j’avais cette impression. Mon oreillette ne semblait pas s’ajuster aussi bien. Comme si elle voulait sortir de l’oreille. C’était bien sûr à cause du kyste hémorragique sur mon tympan. Donc ce n’était pas un moment agréable.

Est-ce que cela vous a fait prendre conscience de votre vulnérabilité et de votre mortalité ?
Mes sentiments sur la mort sont réellement basés sur le décès de Maman. Mon oreille ne m’a pas fait penser que j’allais mourir ou quelque chose comme ça. Mais ça vous rend conscient que votre vie peut changer complètement en un instant. Nous savons tous ça mais c’est difficile de réaliser que ça peut vous arriver aussi. Vous avez alors une vraie prise de conscience – qu’est-ce que je fais ? Qui je suis ? Alors ça m’a rendue plus attentive d’une certaine façon. Nous devons profiter de chaque jour.

Ressentez-vous de la déception du fait que In Blue n’a plus eu le succès escompté aux Etats-Unis ?
Et bien oui. Je ressentirai de la frustration jusqu’à ce qu’on y arrive. Breathless a été un gros tube là-bas, très gros. Et l’album s’est vendu à plus d’un million, ce qui est fantastique. Mais nous n’avons pas atteint le niveau qu’il était possible d’atteindre. Je sens que c’est là et que ce n’est pas un problème. Je sens que dès qu’un album va commencer à se vendre, ils se vendront tous. Et je sens que ça va arriver. Je sais que notre musique peut les toucher comme elle l’a fait dans le reste du monde.

Pourquoi n’est-ce pas encore arrivé ?
C’est un endroit sacrément difficile, vraiment. C’est tellement vaste. Des chansons insensées peuvent devenir numéro 1 là-bas, tout à coup. Vraiment insensées. Et ensuite vous n’entendrez plus jamais parler d’eux et c’est comme ça. C’est en fait peut être pire pour ce pauvre artiste. Vous savez, être projeté au sommet de la célébrité, et ensuite les gens demandent, ‘qui ça ?’ C’est peut être pire. Pour nous, ça a été une ascension graduelle. J’y crois, et je pense que tout est pour le mieux.

Certains pensent qu’il est trop tôt pour les Corrs de sortir un Best Of. Pour prendre un exemple, U2 a attendu vingt ans.
Un Best Of ne représente rien de bien profond. Ce n’est rien de très important. C’est une compilation de succès, de chansons extraites de nos albums. Je déteste cet argument sur le fait d’arnaquer les fans. C’est ridicule. Y a-t-il quelqu’un qui va voir les gens et leur met un revolver sur la tempe en leur disant ‘achetez notre album’ ? Vous pouvez l’acheter si vous le voulez – ou pas si vous ne le voulez pas. Ca marque nos 10 ans ensemble, c’est assez rétrospectif. Puis nous avons travaillé sur notre nouvel album en Février et nous allons être absents pendant un long moment. Donc nous voulions sortir quelque chose en attendant. Nous avons écrit Would You Be Happier ? pour un single et Make you Mine également, donc ça nous a semblé être une bonne chose.

En parlant de vos chansons, si on vous demandait de dire ‘c’est celle là dont je suis la plus fière’ ou qui laquelle vous pensez être la meilleure, quelle chanson choisiriez-vous ?
En termes de paroles, je suis très fière de Queen of Hollywood et No More Cry. J’aime ça quand les chansons sont honnêtes et disent les choses d’une façon très… les sentiments ne sont pas aussi éloquents. Nous les rendons éloquents, et d’une certaine façon ils se retrouvent éradiqués et annulés parfois. C’est comme le flamenco, la façon dont elles font ‘aaaaah’ – vous ne comprenez pas les mots mais vous savez si il y a de la douleur, si c’est un enterrement, ou autre, même si vous ne comprenez pas. C’est pour ça que j’adore Cocteau Twins. Je n’ai aucune idée de ce qu’elle chante, mais je comprends à cause de la sonorité. Donc pour moi, le fait que No More Cry ne soit pas éloquente le rend vrai et honnête. C’est ce qu’elle est. J’en suis fière. Runaway est aussi très spéciale et ça le sera toujours parce que c’est notre premier single. Nous nous embarquions dans quelque chose dont nous n’avions aucune idée. Je n’avais aucune idée. Et on y entend de la naïveté. Je pense que c’est une bonne chanson.

Vous devez avoir souvent envie de vous enfuir à ce stade (=running away)
(rires) C’est vrai, oui parfois !

Quelle en serait la raison la plupart du temps ?
Parfois la fatigue peut vous faire ressentir comme si… il y a une île, ou un petit village quelque part, dans un pays complètement différent, où les gens ont des préoccupations totalement différentes vers lesquelles vous aimeriez vous échapper – quelque chose comme ça. Je pense que de nos jours, tout le monde a envie de s’enfuir au loin. Je pense que l’on devrait se détendre un peu plus. Je pense que l’on devrait plus profiter de la vie.

Est-ce que le fait que Sharon se soit mariée dans l’année affecte l’avenir du groupe ?
Non, parce que d’une certaine façon vous prenez conscience que nous nous des personnes dans un groupe et que ça fait partie de la vie de cette personne, en l’occurrence Sharon. Bien sûr, ça nous affecte tous. Mais nous sommes partie en tournée juste après. Je veux dire qu’elle est avec Gavin depuis sept ans. Seulement ils n’étaient pas encore mariés, mais dans leur esprit, c’est comme si ils l’étaient. Alors il n’a pas dit, ‘d’accord maintenant tu restes à la maison’ ou quelque chose comme ça. Même de son côté. C’était juste un vrai bonheur que sa vie évolue ainsi. C’est merveilleux.

Il y a des rumeurs selon lesquelles votre vie amoureuse aurait pris un tournant positif.
C’est seulement que j’ai un petit ami pour une fois ! Et c’est vrai ! (rires)

Comment cela a-t-il affecté votre vie personnelle ?
C’est génial. Pour moi la vie est plus belle quand vous vous sentez amoureuse. C’est mieux. J’ai probablement plus d’énergie pour ce que nous faisons. Je suis sûrement plus détendue. Il me fait redevenir Andrea Corr à Dundalk, dans mon jardin. C’est comme ça que je me sens. Je ne me sens pas comme Andrea Corr qui donne des interviews à Hotpress, vous savez. Et c’est vraiment génial. C’est Andrea Corr également, mais redevenir cela est merveilleux. Alors je vais travailler, je fais ce que j’ai à faire et j’adore ça. J’adore vraiment chanter. Et puis je m’en vais et je fais différentes choses – tout est plus agréable. Avant de le connaître, je ne me quittais jamais vraiment le travail. J’allais à l’hôtel et je pensais au jour suivant ou à ce qu’il s’était passé ce jour-là. Je ne lisais jamais vraiment les emplois du temps – les choses vont se dérouler, que vous vous en inquiétez ou pas. Mais maintenant, j’en fais beaucoup plus abstraction. Nous jouons à Top of the Pops et une fois terminé, nous allons dîner. Je suis assise à la table et mon stress s’envole. Etre avec lui, c’est comme lire Harry Potter. (rires)

Il y a cette idée qui veut que les gens doivent avoir connu la douleur ou une tragédie dans leur vie pour pouvoir produire de bonnes chansons. Est-ce que vous adhérez à cela ?
Non. Je déteste cette vision des choses parce que je déteste que les gens étalent leur douleur sur la couverture des magazines, comme si le monde entier devait les écouter. Pourquoi est-ce que nous sommes tous censés être intéressés par la souffrance des autres ? Si ils ont l’intention d’aider d’autres personnes à traverser des épreuves, d’accord. Mais je ne supporte pas la complaisance et les gens qui se complaisent dans leur douleur. Je ne le supporte pas. Je compatis mais je ne comprends pas. Je pense que quand la douleur est vraie, elle est silencieuse. Il n’y a pas besoin qu’elle soit affichée dans le journal avec un gros titre en rouge au dessus…

Et pourtant, des chansons extraordinaires ont découlé d’expériences douloureuses.
Avant la mort de maman, j’aurais complètement souscrit à cette façon de penser, que la douleur est silencieuse. Je ne veux pas être complaisante moi-même, mais je pense avoir réellement trouvé quelque chose de différent dans la musique après sa mort. Et c’était libérateur d’écrire. Ca sortait tout seul de façon expressive et thérapeutique, et ça m’a donné une toute nouvelle vision sur tout ça. Le fait d’avoir quelque chose à donner au public, et que d’une certaine façon, ils puissent s’y identifier, semble quelque chose d’important. Mais je déteste la complaisance, vraiment. Je déteste que les gens se montrent en disant ‘maintenant je suis intéressant parce que j’ai cette douleur.’ Ça ne rend pas les gens intéressants. Ça fait juste partie de la vie, c’est tout ce que ça signifie.

Il y a une espèce de culture de victimisation qui s’est développé, qui veut que les gens n’aiment pas seulement en parler mais cherchent à blâmer quelqu’un pour cela.
Tout à fait. La vie suit son cours et parfois on peut blâmer certaines personnes. Bien sûr, il y a des gens mauvais dans le monde. Qu’elles soient bonnes ou mauvaises, ces choses-là arrivent malheureusement. Mais d’une certaine façon je pense que si l’on se focalisait plus sur les bonnes choses, il y aurait plus de bien dans le monde. Si l’on se focalisait plus sur l’amour, ou sur le fait que le soleil brille, on vivrait dans un monde meilleur. Tout le monde est différent. Je pense que cet argument est parfois utilisé comme une béquille pour excuser les insuffisances ou les défauts des gens. Pourquoi est-ce que les chanteurs pensent que le monde entier devrait les comprendre ? ‘Personne ne me comprend ? Pourquoi ?’ C’est tellement égocentrique. Tout ce qui me préoccupe, c’est que ma famille et les personnes que j’aime me comprennent. Ou plutôt qu’ils me comprennent jusqu’à un certain point, parce que je ne me comprends pas très bien moi-même. Et je n’ai pas besoin que le monde entier me comprenne. C’est bien la chose la plus égocentrique pour moi.

Mais y a-t-il une possibilité que cela devienne plus difficile d’écrire des chansons qui touchent les gens si vous êtes heureux et en harmonie avec vous-même ?
Mais vous voyez, en réalité, qui est en harmonie avec lui-même ? Les musiciens sont probablement les personnes qui ont le moins de confiance en eux au monde. Le bonheur, je pense, existe uniquement pendant l’enfance, et une fois l’âge de 11 ans passé, malheureusement c’est terminé. Le bonheur pur, quand tout ce qui vous préoccupe est de savoir que Maman et Papa vous aiment et que tout va bien. C’est le bonheur à l’état pur. Le mal être vient ensuite de toute façon. Il n’y a personne qui n’ait de blessures dans sa vie.

Quand vous êtes sur la route, avez-vous tendance à être jalouse en pensant à lui qui est resté derrière vous ?
Non, pas du tout. Je n’ai pas un gramme de jalousie en moi car je sais qu’il n’est pas comme ça. J’ai toujours pensé dans les gens devraient se souvenir que l'on a été des étrangers l’un pour l’autre auparavant. C’est probablement mon idéal amoureux, se souvenir de l’étranger. Les années passent et un couple reste ensemble, mais il y avait déjà un individu qui vivait durant 26 ans, ou autre, qui se portait tout à fait bien, faisant face à la vie sans l'autre. Alors pourquoi sommes-nous persuadés que cette personne ne sera pas assez forte pour entendre la vérité ? Je pense que si il était attiré par quelqu’un d’autre, alors je serais l’amie à laquelle il pourrait le dire. En fait, je le tuerais (rires), mais je ne pense pas que ça arrivera. Je ne serais pas jalouse de toute façon.

Est-ce qu’être amoureuse a changé vos aspirations ?
Nous sommes tous pareils. Nous voulons tous la même chose dans la vie. Tout le monde se comporte comme des fourmis et nous voulons tous la même chose. Et il n’y a pas qu’une reine. Une seule reine avec les ailes.

Que voulons-nous alors ?
Nous voulons de l’amour. Nous voulons tous l’amour, nous voulons vivre. C’est tout.

Et quelle importance possède la sexualité dans cela en tant qu’expression de cet amour ou une partie de celui-ci ?
Dans une relation amoureuse bien sûr c’est très important. Mais dans une relation platonique, entre frère et sœurs, ça ne l’est pas du tout ! (rires)

Pensez-vous que le fait d’être amoureuse et que vous ayez quelqu’un avec qui partager votre vie va remettre en cause votre réputation de fêtarde ?
J’ai une réputation de fêtarde, moi ? (rires)

A vous de me le dire !
Non, je ne crois pas. Je n’étais pas au courant de ma réputation.

Dolores O’ Riordan a dit quelque chose d’intéressant récemment. Elle parlait du rock et du fait d’être sur la route, et de la façon dont la boisson était devenue un facteur déterminant dans sa vie. Elle ne l’avait pas envisagée comme une drogue, mais maintenant elle voit cela d’un autre œil.
Je pense que le monde de la musique est définitivement un mode de vie différent en cela. On perd le sens des perspectives. Je suis d’accord avec elle dans le fait qu'il semble q'il n'y ait jamais de samedi et en même temps c’est tous les jours samedi. Quand nous étions enfants à Dundalk, à cause de l’école et la discipline, nous savions quand le weekend arrivait. Maintenant on se plaint en disant : ‘je ne sais pas quand arrive le weekend’. Mais ça ne veut pas dire que tu ne peux pas faire la fête le lundi. Donc on perd le sens des perspectives ainsi. Mais pour l’instant, nous sommes toujours plutôt jeunes, et ce n’est pas quelque chose de mal.

N’avez-vous jamais pris du recul en vous disant que vous avez abusé de la boisson, ou que peut-être vous ne devriez pas boire autant ?
Oui parfois, surtout quand j’ai la gueule de bois. Ça arrive à tout le monde. Je déteste ça, mais la vie est trop courte pour toujours se réprimer. Tout le monde est un peu trop saoûl parfois, et même si ce n’est pas le cas, ça m’est arrivé quelquefois. Mais je n’ai blessé personne. Tout au plus, je me suis fait du mal à moi-même, ou j’ai peut être amusé d’autres gens, mais généralement nous étions tous dans le même bateau. Ça fait partie de notre culture. J’aime boire. Je ne pense pas que ce soit mal.

Alors quelle est la chose la plus folle que vous ayez faite ?
Je ne voudrais pas que ce soit publié ni même raconté !

Il y a une controverse ces jours-ci dans les journaux à propos du changement dans la façon dont est perçu le cannabis au Royaume-Uni où une loi a décrété que les gens pris en possession de cette drogue ne seraient pas poursuivis. Qu’en pensez-vous ?
Ce n’est pas prouvé que ça fait du mal et, en fait, c’est prouvé que ça aide certaines personnes qui sont malades. Ça devrait être accessible pour eux. Pour être honnête, je pense que ça devrait être légal comme l’alcool, mais avec de la prévention. Parce que je pense que les gens peuvent devenir totalement défoncés et les années passant, ils n’auront atteints aucun de leurs buts. Et je suis convaincue que l’on a un travail à faire tant que nous sommes dans ce monde. Et nous devons accomplir notre propre destiné. C’est la vérité. J’ai vu des gens dont la vie était passée sans eux. Mais de façon occasionnelle, je ne pense pas que ça doit être considéré comme un crime. La boisson peut provoquer des réactions pires chez les gens, comme la violence, des choses comme ça. Vous ne voyez jamais quelqu’un de défoncé être violent.

L’impression que j’ai pu avoir en parlant avec vous auparavant est que vous vous voyez comme une sorte de rêveuse, n’est ce pas ?
Oui, je suppose que c’est vrai. Tout le monde rêve. J’aime la réalité, j’aime le monde, j’aime son odeur, je l’adore. Donc mes rêves s'en inspirent. Parfois je rêve que je suis autre part.

C’est un aspect intéressant de l’expérience humaine, ce dont à quoi les gens pensent que l’on ne peut savoir. Ce sentiment que d’une certaine façon nous sommes tous déconnectés. Certains aspects de la pensée des gens sont totalement insondables.
Tout à fait. C’est un sentiment qui me touche parfois. Aujourd’hui est un peu comme ça. C’est très calme, assez irréel d’une certaine façon. Il y a toujours le sentiment que quelque chose d’autre se passe, quelque part. C’est comme si le monde n’était pas une pièce endormie, elle résonne. C’est de cette façon que je le ressens.

Avez-vous un rêve récurrent ?
J’ai ce rêve où toutes mes dents tombent. Parce que j’ai porté des bagues pendant des années. C’est affreux. Un rêve récurrent ? J’ai celui où je vole. Et parfois c’est un rêve merveilleux. Et d’autres fois… une nuit, je planais au dessus du sol. Je quittais ma chambre et planais tout autour de l’Eglise du Rédempteur et ça paraissait si vrai. C’était vraiment étrange. J’aime ceux là. Certains concernent le travail, et ça vous montre à quel point ça occupe votre esprit.

Donnez-moi un exemple ?
J’en ai eu un quand j’étais malade et ça arrive souvent quand vous pensez ‘mon dieu, j’en ai assez, j’ai besoin de vacances’. J’ai été très malade avant de faire un concert et il devait être filmé par Sky – celui avant noël l’année dernière. Et je sentais que j’avais un gros rhume qui se déclarait, un virus, et la grippe arrivait aussi. Je me sentais tellement mal. Je me suis réveillée le matin et j’ai téléphoné à Henry, notre responsable de tournée, pour qu’il appelle un docteur. Alors il m’a dit au téléphone, ‘Bien, tu vas devoir me dire ce que c’est ou me l’écrire pour notre assurance, au cas où nous devons annuler le concert’. Alors j’ai dit, ‘ça va, je serais debout dans un moment’. Puis je me suis endormie et j’étais dans le peignoir de l’hôtel et j’ai rêvé que le docteur entrait. Mais il était entré avec toute une équipe de tournage ! Il me disait, ‘dites aargh’ et les cameramen étaient là à filmer !

Avez-vous déjà eu l’expérience de quelque chose de paranormal selon vous ?
Je pense que les expériences paranormales sont également des choses très personnelles, si elles sont vraiment paranormales. Oui, il m’est arrivé de ressentir que certaines choses étaient suffisamment troublantes pour me faire réagir… comme, vous savez, une fois j’ai ressenti quelque chose dans un hôtel qui m’a poussé à ne jamais y remettre les pieds. Je suis partie et pour la première fois de ma vie – je ne voulais pas le faire – je suis allée dans autre hôtel que les autres parce que je savais que je ne pourrais plus jamais rester dans cet hôtel. Et ça n’est jamais arrivé. Et je n’avais pas bu ou quoi que ce soit. Ça n’a pas été suggéré par quoi que ce soit.

Est-ce que c’est une présence que vous avez ressentie dans ce lieu ?
Ca semble tellement ridicule par écrit que je préfère ne pas le décrire.

Vous avez parlé de vos expériences en Indonésie. Quelle est votre réaction à propos de ce qu’il se passe en Afghanistan ?
Je pense, comme tout le monde, que c’est extrêmement effrayant. C’est vraiment injuste que des gens soient blessés et tués. C’est une situation horrible. Comme je l’ai dit plus tôt, parfois de ces choses affreuses ressort quelque chose de bien. Et je pense que ça a abasourdi les gens et ça les a fait réexaminer et remettre en question ce qu’ils font de leur vie. ‘Est-ce normal que je parte pour travailler à 6h, que je rentre tard le soir et que je ne vois pas mes enfants ?’. Ce genre de choses. Dans un sens ça fait changer le monde parce que la vision que les gens ont sur leur propre vie change. Mais quand les nouvelles arrivent à la télévision, ça fait assez mal de regarder ça. Je l’ai dit auparavant, c’est comme si c’était le moment pour Harry Potter. C’est le moment pour Shrek et Harry Potter. Nous avons besoin de retomber en l’enfance. Pas dans le sens où nous n'assumerions pas nos responsabilités, mais il y a un amour pur chez les enfants, si le monde voulait s’en souvenir.

Qui est votre héros pour 2001 ?
Je nommerais mon père. Oui vraiment. Il y a des gens qui ont fait des choses incroyables pour les autres dans le monde, bien sûr. Mais c’est mon héros personnel pour 2001. Il est génial.

Et un méchant ?
Je nommerais mon frère (rires). Non, je plaisante. Un méchant, ça sonne presque comique. Qui m’a ennuyée ? Je ne sais pas !

Jim a parlé auparavant s’être senti obligé au début d’assumer le rôle paternel sur la route. Est-ce que cela a été difficile pour vous tous ?
Non, je pense que tout le monde a éprouvé des difficultés avec cette dynamique, transformer la famille en groupe musical et se retrouver ensemble en permanence. Donc, tout le monde, en tant qu’individus, a dû composer avec ça. Nous sommes toutes plus jeunes que lui. Donc ce n’était pas facile pour Jim, parce que nos parents s’inquiétaient, vous savez, ‘est-ce que Jim s’occupe bien de tout ?’ Ce n’était pas une mauvaise chose en soi. Nous avons eu de rudes moments ensemble parce que nous étions une famille qui essayait d’accomplir quelque chose et ça voulait dire s’investir à fond. Et il y avait cette dynamique familiale à prendre en compte – toutes les familles se disputent à Noël. Nous ne nous disputons plus maintenant parce que nous avons déjà fait tout ça auparavant. Mais c’est un tout. C’est quelque chose qui se produit dans toutes les familles. Nous étions tous coupables et victimes de cela.

Est-ce que vous regardez parfois les choses sur les Corrs et vous-même sur le net ?
Oui ça m’est arrivé.

Comment réagissez-vous ?
C’est plutôt bizarre. C’est difficile de concevoir qu’ils parlent de moi. Si vous jetez un œil à certaines choses me concernant dont ils parlent, ça peut être assez bizarre. Et Papa a vu certaines choses, et ce n’est pas bien. Ca ne semble pas être moi dont ils parlent. C’est comme si je regardais un personnage de dessin animé en une seule dimension.

C’est le nouveau média qui véhicule ce qu'il se dit sur les célébrités. Vous vous êtes déjà exprimée sur le fait que les tabloïds empiètent sur la vie privée des gens, etc. L’internet ajoute une autre dimension à cela, non ?
Oui, je pense que c’est une manière d’atteindre la personne d’une certaine façon. Je ne sais pas. Internet est assez dangereux je pense. Je pense que c’est formidable pour certaines choses, mais c’est évidemment très dangereux. De toute façon, je ne pense pas qu’il soit bon que les jeunes regardent autant un écran toute la journée. Les années passent.

Et avez-vous eu le temps d’apprendre à utiliser un ordinateur ?
Non, je suis toujours complètement illettrée sur ce point.

Un des gars qui travaille avec moi m’a dit qu’il pensait qu’Andrea était ‘vraiment une fille de la campagne au fond d’elle’. Est-ce vrai ?
C’est plutôt vrai ; mais d’une certaine façon je ne le suis pas. J’adore me promener au milieu des gens et il n’y a pas grand monde à la campagne. J’adore observer les gens et c’est ce que je fais ; aller faire une promenade à 4h de l’après-midi, dans une rue passante, où vous pouvez voir les enfants sortir de l’école et vous pouvez avoir un aperçu de leur vie, ce dont ils parlent. Vous savez, les gens qui sortent du travail pour aller manger un sandwich quelque part, des choses comme ça.

Arrivez-vous toujours à observer les gens sans vous faire remarquer ?
Oui. Ils ne savent pas que je les observe. Je mets une casquette et je marche très vite. Je suis sûre que des gens m’ont remarquée, mais souvent je suis déjà trop loin pour qu’ils puissent vraiment réagir. Je m’habille de façon à ne pas me faire remarquer, ou je vais à des endroits où l’on ne m’attendrait pas de toute façon, ça serait incongru. Personne ne fait le rapprochement comme ça. Si ils allaient à la boîte The Ivy ou au Met Bar, alors là, ils verraient quelqu’un qui vous ressemble un peu et ils imaginent que c’est vous. Mais les gens sont très occupés de toute façon qu’ils ne vous voient pas ou ne vous reconnaissent pas dans la rue.

Le 14/04/2006 à 00:29 par GaëlleF

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